Auréolé d’une pluie de récompenses aux Oscars et aux Baftas,
et parce qu’on ne rechigne jamais devant un bon film de guerre, c’est avec un
plaisir non dissimulé que l’on s’installe devant Démineurs (The Hurt Locker),
réalisé par Cathryn Bigelow.
Après visionnage, qu’en est-il de ce film ? A-t-on
mieux compris la guerre en Irak ?
Les soldats
Le film suit donc une petite équipe de trois démineurs, fort
occupée dans le Baghdad de 2004, et dépeint la témérité, voire l’héroïsme, dont
ses membres font preuve au quotidien, quelques semaines avant la fin de leur
mission.
Attention il n’est pas question ici de fantassins ou autres troupes
opérationnelles sur le champs de bataille, mais bien de démineurs. Quelqu’un signale une bombe, ils viennent
pour la désamorcer. Là où l’exercice se rapproche nettement de la mission
suicide, c’est que ladite bombe est souvent déclenchable à distance, et que la
personne qui l’a posée préfère attendre, dans un souci de productivité bien
compréhensible, qu’il y ait le maximum de monde autour avant d'appuyer sur "ON" (et
en particulier donc, l’équipe de déminage).
Le sous-off', plutôt responsable, en charge de l’équipe s’étant
fait fumer dans la scène d’ouverture, il est remplacé par le sergent James, une
véritable tête brûlée qui semble se rire du danger. S'opposant de fait clairement aux parangons du team spirit auxquels ce genre de film nous a habitué, il n’hésite pas à mettre ses
coéquipiers en situation délicate. Ceux-ci en éprouvent d’ailleurs un déplaisir
certain et grandissant, et vont même jusqu’à s’interroger sur la pertinence de
le faire disparaître (un accident est vite arrivé en zone de guerre). Ils ne le
font pas, fort heureusement, et James continue donc jusqu’à la fin de braver la
mort à chaque sortie pour notre plus grand plaisir, tel un chat qui aurait 7
vies (ou plutôt 873, le nombre de bombes qu’il a désamorcé jusque-là).
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| Le sergent James, pris dans un imbroglio de bombes qui menacent de lui exploser à la figure à tout instant |
Les Irakiens
On aperçoit quelques citoyens Irakiens au long des 2h10 de
film, et autant le dire tout de suite, l’Irakien est hostile ! Lors de ses
sorties en ville effectuées sous la rassurante protection d’une mitrailleuse,
l’équipe écope de longs regards scrutateurs, chargés de sous-entendus. Et oui
internaute, c’est humain comme réaction face à l’envahisseur !
Souviens-toi de Paris en 1940 (si tu ne te souviens pas, demande donc à ton
Pépé) !
Le vrai ennemi, le méchant, le terroriste, est lui
potentiellement partout présent, comme en témoigne la tension extrême qui plane
sur le film (ami cardiaque, abstiens-toi !*), tout en restant parfaitement
invisible pour qui n’est pas équipé de jumelles de l’armée super puissantes.
Déception donc, nous ne saurons rien des motivations desdits terroristes : le
seul qui aurait été en mesure d’avancer des explications se fait ainsi buter après
sa capture, sans autre forme de procès.
Quid des interactions avec la population ?
Interactions il y a, internaute ! James rencontre sur
la base militaire un enfant irakien, qui lui refile des dvds pirates à moitié
illisibles, ce qui ne les empêche pas de se lier d’amitié.
C’est lorsqu’il
découvre que le petit a été tué que le film, et en particulier James, part vraiment
en cacahuète. James décide d’aller venger le petit, ni plus ni moins. Comment
arrive-t-il à sortir seul puis à rentrer dans la base sans être inquiété ? D'où lui vient même cette idée complètement loufoque ? Mystère. Nous mettrons cet élément sur le compte de sa grande impulsivité. Il atterrit finalement chez un monsieur trilingue qui l’accueille bien
cordialement chez lui, avant que la femme de ce dernier, moins coopérante face
à cet intrus qui leur braque un pistolet sous le nez, ne le mette dehors à coup
de plateau sur la tête (grand moment).
Une scène marque malgré tout un effort de coopération et
d’entraide entre les soldats et la population : lorsque l’équipe arrive à
l’emplacement où lui a été signalé une bombe, et découvre un malheureux père
de famille ceinturé d’explosifs qui supplie qu’on le débarrasse de son fardeau. Les uns et les autres font ce qu'ils peuvent, dans les limites imposées par la minuterie qui se trouve accrochée au dispositif...
En définitive, on ne peut s’empêcher de rester sur sa faim quand arrive le générique. Cerne-t-on mieux les enjeux du conflit ?
Absolument pas (on est même particulièrement dérouté).
Alors quelle était
exactement la thèse du film ? Que la guerre peut être une drogue ?
Certes mais dans ce cas pourquoi ne pas avoir donné plus de profondeur aux
personnages ? Les motivations de James à peine esquissées, sa difficile
(impossible ?) réadaptation à la vie civile, prennent corps dans ce qui
constitue paradoxalement l’une des scènes les plus fortes du film : les courses
en famille, et James complètement désemparé devant un rayonnage de céréales qui
semble infini… On aurait aimé voir plus de ce film-là. Mais ce n’est décidément
pas ce qu’avait en tête la réalisatrice...
* de même si tu n'as pas le pied marin, je te déconseille formellement le visionnage de ce film. Dans un souci de mise sous tension du spectateur, et afin d'ajouter du rythme, presque tout est filmé caméra à l'épaule. Ca bouge donc beaucoup, et une pensée pour le pauvre caméraman, qui s'il n'était pas épileptique au début du film, l'est très certainement devenu !

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