L’autre jour n’écoutant que mon courage, je me suis mis en tête d’écouter le dernier album d’Orelsan. De qui ? ORELSAN, Aurélien Cotentin pour l'état civil. Pourquoi
ça ? Parce que c’est le rappeur dont on parle tiens. Le garçon a fait le
buzz il y a quelques temps à cause d’un morceau qui a provoqué l’ire des
féministes *. Depuis, la polémique est retombée, et nouvel album. Ses chansons traînent sur les ondes, on en parle sur les réseaux
sociaux, il est en concert dans ta ville. Avec sa tête de voisin de palier élevé au beurre frais, il n’est pas du tout cool, il est mieux que ça, il est hype. Et surtout, parce qu’il est normand.
De Caen. Un rappeur.
Foin d’oxymoron, il n’en fallait pas plus pour
éveiller ma curiosité. Un Normand peut-il vraiment rapper ? J’ai écouté
l’album une fois, deux fois, trois fois. Stop ! A ce stade je préfère
lever le suspense. N'étant pas
maso, si j’ai écouté et même ré-écouté cet album, c’est qu’il ne m’a pas déplu.
M’a–t-il plu ? Beeeeeen p't'être bien qu'oui, p't'être bien
que non j’allais dire – mais ça devient lourd.
Au départ son flow surprend, il est un peu mou du genou, un
peu traînant, un peu trop « j’aurais-t’y-pas abusé du chichon en me
défonçant au poiré ? ». Et puis j’ai fini par m’habituer (on
s’habitue à tout en ce bas monde, même aux baskets Isabel Marant) non sans avoir
fait au préalable le deuil de Booba, du Pont de Sèvres, et des bouillons de hargne hardcore du rap des familles comme on l'aime.
Point non plus d’ego trip ici, ou peu, mais quand même de la
punch line qui va bien : « la mort c’est la finale, le sommeil c’est
l’entraînement » (Elle viendra quand même), et des paroles qui causent dans le poste à la génération Y :
« Pourquoi
faire tout d’suite tout c’qu’on peut faire plus tard ?
Tout c’qu’on
veut c’est profiter d’l’instant.
On s’épanouit
dans la lumière du soir.
Tout c’qu’on
veut c’est pouvoir vivre maintenant. » (La terre est ronde)
Orelsan, il
raconte sa life, il s’est fait largué et il douille (Finir mal), il regrette
les années 90 de quand il était petit (1990), il fait la teuf avec ses potes et
il se retourne le cerveau (Des trous dans la tête), il va même jusqu'à observer la
mondialisation de manière plutôt fine (La petite marchande de porte-clefs).
Craignant
peut-être qu’on ne lui renvoie ses origines à la figure (et c’est ce qu’on n'manque pas d'faire, tavu), il opère des changements subtils sur la fin de l’album, qui change un peu de ton, et
personnellement c’est là où je le préfère : en mode vénère grrr. Le propos quitte le petit bout de la lorgnette de sa vie, le flow se
fait (un chouia) plus agressif, les paroles plus impertinentes, et l’on finit par
toucher à quelque chose d’un petit peu… moins consensuel plus mordant.
Au final
pourquoi ça emballe ? Mais parce que c’est du rap ! et que
comme souvent avec le meilleur de cette musique, c’est super bien produit bon dieu. Que le mec
ne se prend pas au sérieux, il ne prétend pas révolutionner le genre, mais que sa
petite musique finit décidément par rester dans la tête…
Je te laisse avec Suicide social (gâté, va), celle-là même
où il repeint les posters de sa chambre d’ado avec sa cervelle à la fin :
Orelsan, Le chant des sirènes, à se procurer chez son disquaire préféré vite avant qu'il ne mette la clé sous la porte. Ou sur Itunes.
* « Sale Pute » (quand même)






